Le poème qui suit montre combien Neruda avait saisi l'âme de ce pays avant la guerre. C'est un instantané.
Seul un poète peut voir au-delà des apparences les vérités intérieures et les exprimer.

CE QU' ETAIT L'ESPAGNE (extrait)

C'était l'Espagne tendue et sèche, diurne
Tambour au son opaque,
Plaine et nids d'aigle, silence
Battu par les grands vents.

Jusqu'à la douleur, jusqu'à l'âme
J'aime ton sol dur, ton pain pauvre,
Ton peuple pauvre,
Jusqu'au plus profond de mon être,
Il y a la fleur perdue de tes hameaux
Ridés, immobiles de temps
Et tes campagnes minérales
Etendues en lune et en âge,
Et dévorées par un dieu vide.

Ton dur squelette, ton isolement animal
Joint à ton intelligence

Entourés par les pierres abstraites du silence,
Ton âpre vin, ton vin suave,
Tes vignes délicates et violentes.

Pierre solaire, pure entre toutes les régions
Du monde, Espagne parcourue
De métaux et de sangs,
Victorieux et bleu
Prolétariat de pétales et de balles, unique.
Vivante, somnolente et sonore.


le poème continue avec la citation d' une centaine de noms de petites villes, mais surtout de villages, qui à mon avis constituent un hommage au peuple rural en lutte, et qui dressent la carte de l' Espagne républicaine.

L' Espagne au coeur : Pablo Neruda à lire et relire indéfiniment. Editions Denoël: 1971 Réédition du recueil écrit en 1938